Cameroun: Le gouvernement explique les raisons au frein de la formation professionnelle

Par Jean Daniel OBAMA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 08-Apr-2022 - 13h24   8169                      
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Issa Tchiroma Bakary Archives
Dans une interview accordée au journal Cameroon Tribune de ce vendredi 08 avril 2022, Issa Tchiroma Bakary, ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle estime que cette dernière n’existe que sur le papier et qu’elle est perçue comme accessoire, un enjoliveur des autres ordres d’enseignement au Cameroun.

Issa Tchiroma Bakary, ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle (Minefop), a accordé une interview au journal Cameroon Tribune, du vendredi 08 avril courant, afin non seulement de présenter l’état des lieux de la formation professionnelle dans le pays, mais également les goulots d’étranglement qui freinent ce secteur.

Sur l’état des lieux

Le ministre de l’Emploi reconnait tout d’abord que le chômage massif des jeunes au Cameroun est le résultat de l’inadéquation entre l’offre d’emploi et la demande d’emploi. « En tant qu’ingénieur du gouvernement en matière de formation professionnelle, je dis que pour l’instant nous n’avons pas de structures et infrastructures en mesure de former des Camerounais dans des domaines dont le pays a vraiment besoin. La formation professionnelle existe sur le papier. Elle n’est pas placée sur piédestal au même titre que les autres ordres d’enseignement. La formation professionnelle aujourd’hui est perçue comme accessoire, un enjoliveur des autres ordres d’enseignement » regrette Issa Tchiroma Bakary.

Selon le membre du gouvernement, de manière générale, le système productif offre des emplois qu’il ne trouve pas toujours sur le marché du travail  et le marché du travail propose une main d’œuvre dont la qualification professionnelle n’intéresse pas le système productif. Pour lui, le Cameroun ne dispose pas de travailleurs qualifiés, quel que soit le niveau.

Sur les raisons de l’inadéquation

Pour le Minefop, la formation professionnelle est si mal considérée au Cameroun parce que le pays a opéré un mauvais départ lors de son accession à la souveraineté. L’enseignement professionnel n’existait au moment où l’Etat camerounais naissant, avait besoin de l’implantation de toutes les institutions. L’enseignement général donnait droit à des postes de prestige, des postes de responsabilité. « A cette époque, quel parent aurait accepté d’envoyer son enfant vers la formation professionnelle alors que la formation générale, quel que soit le niveau, faisait rêver » s’interroge le ministre.

Avant de poursuivre « quant à ceux qui étaient exclus de l’enseignement général pour une raison ou une autre, l’Etat a mis en place un réceptacle appelé Section Artisanale Rurale et Section Ménagère qui tenaient lieu des Centres de Formation Professionnelle où un enseignement technique sommaire était dispensé ». Le Minefop explique que pour les parents, ces structures étaient identifiées comme des centres de formation professionnelle, des structures qu’il qualifierait de pis-aller car c’est parce qu’on a échoué à l’enseignement général qu’on est renvoyé dans ces centres.

Sur la réplique du gouvernement

Issa Tchiroma Bakary reconnait là aussi que le problème ne peut pas être résolu du jour au lendemain, tant il est immense. De l’indépendance à ce jour, le ministre indique que le Cameroun n’a eu que 300 Section Artisanale Rurale et Section Ménagère (SAR/SM) et elles sont dans une déliquescence, dans une déconstruction indescriptible. La coopération avec la Corée a déjà permise au Cameroun de disposer de trois centres de formation d’excellence. Le ministre cite également un institut de formation des formateurs et de développement des programmes (INFFDP).

Le Cameroun dispose aussi des centres de formation aux métiers (CFM), grâce à la coopération avec la France sur les fonds C2D et avec l’Autriche. Le ministre a également précisé que le gouvernement camerounais se prépare à transformer les SAR/SM en CFM. « Il existe tout un ministère en charge de l’économie 4.0. Aujourd’hui, pour un ingénieur des mines recruté, il faut 300 ouvriers, manœuvres et autres exécutants qualifiés. C’est donc urgent » martèle Issa Tchiroma Bakary.

Synthèse de Jean Daniel Obama

Auteur:
Jean Daniel OBAMA
 @T_B_D
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